‘With languages, you are at home anywhere’

Edmund De Waal

La traduction, mais pas que

Comparteix l'article

LAURIE JUDE

Cette année, je fête mes 11 ans d’activité en tant que traductrice indépendante. L’occasion pour moi de vous parler un peu de mon métier, que j’adore (la plupart du temps) et de mon parcours.

La passion des langues

Pour moi, les langues sont un loisir. Quand j’étais au lycée, je lisais des livres en anglais et en espagnol et je faisais des longues listes de vocabulaire, que j’apprenais par cœur. Je comparais aussi les épisodes de mes séries préférées en version originale et en version française. Le site Hypnoweb est super pour ça, il propose les scripts des épisodes de plein de séries dans les deux langues. Grâce à ce site, j’ai appris des tonnes d’expression et un tas de mots de vocabulaire en étudiant les scripts disponibles. Je lisais aussi les articles de Courrier International, un journal qui regroupe et traduit des articles de journaux du monde entier. Là encore, je m’amusais à traduire des petits paragraphes et à comparer ma traduction avec celle du journaliste. Pour moi, parler plusieurs langues signifiait avoir accès à plus de contenus et aujourd’hui, avec Internet, nous avons vraiment beaucoup de chance, le nombre de contenus à notre disposition est infini : les blogs, les podcasts, les vidéos, les séries, etc.

L’apprentissage des langues

C’est vrai que pour apprendre les langues, il faut s’accrocher. Les cours de langues, c’est l’idéal quand on débute, parce qu’on a quelqu’un qui nous accompagne et qui nous guide pour qu’on apprenne pas à pas sans trop s’éparpiller. J’ai eu la chance d’avoir de très bons professeurs en anglais (au collège) et en espagnol (au lycée) – peut-être qu’elles se reconnaîtront – et je pense que ça a fait toute la différence. Certains profs ont la vocation et voient tous les petits progrès de leurs élèves, ce qui est encourageant quand on apprend. Ils nous poussent à vouloir faire mieux et nous orientent dans la bonne direction.

Je crois aussi que c’est un peu de travail personnel. Certaines personnes disent qu’il faut un talent particulier. Même si certains sont nés avec une prédisposition pour les langues, je crois surtout que c’est du travail personnel et l’envie d’apprendre. Il faut pratiquer, un peu tous les jours, comme on pratique le dessin ou un instrument de musique. Je me souviens, à l’université, une fille que je connaissais me disait toujours que j’avais de la chance parce que j’étais bien meilleure qu’elle en anglais. Mais quand je lui demandais ce qu’elle faisait quand elle rentrait chez elle, elle me disait qu’elle n’avait pas le temps pour les langues, alors que moi, je passais du temps à apprendre du vocabulaire et à pratiquer. C’est aussi un travail sur soi : il faut abandonner sa peur : la peur de faire des erreurs, la peur de regarder une vidéo et de ne rien comprendre, la peur de pratiquer… On est très vulnérable lorsque l’on parle dans une langue étrangère.

L’univers de la traduction

Pour moi, la traduction, c’est génial, parce qu’on côtoie des langues toute la journée. Peu importe le sujet, le type de document que l’on me confie, je me lève le matin en sachant que je vais être en contact avec au minimum une langue étrangère. Je pense que je suis devenue traductrice parce que je ne voulais pas choisir entre mes langues et je voulais toutes les utiliser tous les jours. Et puis, j’aime l’idée que mon travail aide les personnes qui ne parlent pas anglais, espagnol ou catalan. À la fin de la journée, j’ai le sentiment que mon travail va aider quelqu’un.

Lorsque l’on me confie un projet, je lis tranquillement le document original. Ensuite, je fais quelques recherches en français en lisant des articles et des pages de site Internet, pour attraper quelques mots de vocabulaire au passage ou pour mieux comprendre le sujet. Et enfin, je me mets à traduire. Si la traduction dure plusieurs semaines, c’est super, parce que je suis dans le même univers pendant longtemps, je commence à accrocher des notes partout, il y des mots dans tous les sens dans mon bureau. Une fois le projet terminé, je n’ai plus qu’à faire le ménage !

Lorsque la traduction est terminée, il faut relire et corriger. C’est la partie que j’aime le moins. Encore aujourd’hui, j’ai toujours peur de découvrir que mon travail n’est pas bon. En général, je fais 2-3 relectures : une pour détecter ce qui ne sonne pas bien en français, une pour les fautes d’orthographe et de grammaire (pour ces deux étapes, j’oublie l’original pour me concentrer sur la traduction, histoire d’avoir un document le plus francisé possible) et ensuite, je compare mon travail avec l’original pour vérifier qu’il ne manque aucune phrase. C’est très long mais ça arrive toujours et au passage, ça permet de détecter les dernières petites erreurs qui sont passées à la trappe. Je travaille sur ordinateur mais je corrige et relis sur papier, surtout si le texte est long. C’est très curieux d’ailleurs : lorsque je lis ma traduction sur papier, ce n’est plus du tout le même texte, je n’ai pas l’impression de l’avoir écrit. Ça m’aide à prendre de la distance avec mon travail et à mieux visualiser ce qui peut être amélioré.

Enfin, je livre le document au client. C’est l’étape où je tremble un peu parce que j’ai toujours peur d’avoir laissé une coquille dans la traduction. Les erreurs nous hantent tous. Heureusement, Saint Jérôme, le saint des traducteurs, veillent toujours sur nous.

La traduction, mais pas que

Ce que j’aime aussi, c’est travailler à la maison. Même si parfois la distinction vie professionnelle-vie personnelle est difficile à faire, j’adore organiser moi-même mes journées, prendre des plus longues pauses, mais aussi travailler plus tard si j’ai envie ou si besoin. Ne pas avoir à prendre les transports est aussi un vrai luxe. Mon déplacement le matin, c’est du lit à la cafetière et de la cafetière au bureau. C’est aussi un désavantage puisque je suis assez sédentaire, ce qui m’oblige à prendre un peu plus soin de moi et à faire un peu de sport, car j’ai 33 ans et déjà mal au dos.

J’ai aussi la chance de pouvoir travailler à mon rythme. J’ai appris à bien observer ma manière de travailler et je sais maintenant combien de temps je vais passer sur un texte. Même si je travaille assez rapidement, si le texte est difficile, mon énergie et ma concentration baissent plus rapidement, il me faut plus de pauses, je suis plus lente, il y a plus de recherches à faire : il faut prendre cela en compte au moment de faire son planning. Je suis d’ailleurs très admirative des interprètes qui travaillent à l’extérieur et doivent trouver une traduction correcte en 3 secondes. Je ne sais pas si j’en serai capable. Ce que j’aime, c’est avoir une difficulté sur un mot, faire des recherches pendant 30 minutes puis me perdre sur Internet (évidemment, il ne faut pas faire ça avec tous les mots sinon le travail ne serait jamais fait).

Quelques derniers conseils pour la route

  • Il n’est pas nécessaire d’avoir fait des études en traduction pour devenir traducteur, j’en suis la preuve vivante. Beaucoup de traducteurs ont été amenés à exercer leur activité à travers des rencontres et leur réseau. En revanche, il faut s’accrocher un tout petit peu plus que les autres, même si le marché de la traduction est ouvert à tous, il faut tout de même faire ses preuves

  • Si vous souhaitez apprendre une langue, consacrez 15 minutes par jour à lire, écouter, regarder ou pratiquer cette langue. Avec un prof, c’est plus simple pour garder le cap et ne pas abandonner à la première difficulté.

  • Soyez bienveillant avec vous-même, laissez-vous le temps. Au début, on a du mal, on tâtonne et puis un jour, on arrive à commander son premier café con leche et à avoir une conversation de 5 minutes avec le serveur et là, c’est le bonheur !

  • Laurie est traductrice et correctrice et collabore avec Filolàlia depuis environ 1 an. Elle est spécialisée en développement personnel, en loisirs créatifs et travaille sur toute sorte de documents, principalement des livres et des magazines. Elle parle anglais, espagnol et catalan et essaie de se mettre au polonais depuis… trop longtemps. Elle a fait une Licence puis un Master Langues Étrangères Appliquées puis est partie à Barcelone où elle a passé 10 ans. Pour la joindre, suivez le guide…

    4 comentaris

    • Pere ha dit:

      Il est très intéressant ton article, Laurie !
      Maintenant je vois très loin la possibilité de traduire un texte tandis que j’admire votre capacité, cette des traducteurs, pour créer un nouveau texte, pour transmettre tout l’esprit du texte original.
      Cependant je voudrai atteindre cette attitude que tu expliques autour des langues : une envie absolue de les connaitre et aussi une volonté permanente d’améliorer.
      Merci pour les réflexions !

    • Pau ha dit:

      Merci pour cet article génial, Laurie !

      Il est vrai que certaines personnes l’ont plus facile pour accéder à l’apprentissage d’une nouvelle langue, mais aujourd’hui, il est beaucoup plus facile de s’immerger grâce aux réseaux sociaux. Comme vous l’avez dit, le plus important est de se permettre d’être vulnérable et de prendre conscience que les erreurs font partie du parcours.

      Félicitations pour les 11 ans de traduction !

    • Txus ha dit:

      Un beau portrait du travail des traducteurs et traductrices. Félicitations Laurie pour les premiers 11 ans! Je vous souhaite beaucoup de nouveaux mots pour construire des ponts entre cultures.

    • Aina ha dit:

      Merci Laurie pour ce texte!

      J’ai trouvé que vous commentez des points tellement importants quand on commence à apprendre une langue et que j’aimerais souligner à nouveau : Il faut faire des erreurs, savoir choisir bien une personne qui nous guide et qui peut nous donner une bonne direction, et en plus, ayant de l’enthousiasme pour nous encourager à avancer. Grâce à cet article, nous pouvons nous rappeler de l’importance d’aimer ce qu’on fait et de prendre soin de la culture, comme la langue, n’importe laquelle.

      Aina,

    1 Trackback or Pingback

    Deixa un comentari

    L'adreça electrònica no es publicarà.

    Més articles!

    IDIOMES AL PODER

    O el poder dels idiomes, oi? Parlar llengües empodera. En molts sentits. Fixem-nos-hi: 1. Parlar una llengua amplia horitzons mentals

    NOU CURS, NOUS RUMBS

    A Filolàlia estem d’estrena. I ens encanta. Aquest estiu ens han passat moltes coses (totes bones!) i hem llegit, après,

    web

    Fabulari

    Com va allò de parlant la gent s’entén? Doncs és a partir d’aquesta idea que neix Fabulari, ja que és

    ca